Seconde Guerre Mondiale


Sous l'occupation

Mai 1940 :

 

La débâcle précipite les armées française et anglaise vers les côtes de la mer du Nord.

Le 18, deux blindés allemands traversent le village en direction du Bac du Sud. Ils sont chargés d'ouvrir la voie à toute une section dont ils devancent la progression. Un barrage de barbelés placé en travers de la route par les anglais, stoppe leurs véhicules. L'un des occupants en sort pour dégager la voie : combinaison noire, visage fermé, traits tirés par la fatigue, de ses bottes dépassent des grenades à manche ! La sensation est terrible.

 

Durant l'occupation, le village n'a subit la présence physique de l'occupant qu'en de rares occasions. Des tranchées-abris ont été aménagées à proximité de l'école municipale (sur le terrain de l'actuelle école) comme le veut la protection contre bombardements. La vie à la campagne offre globalement de quoi se prémunir des rationnements. Certains évacués viennent d'ailleurs y trouver refuge. Monsieur Dedourge de Saint-Omer, pharmacien de profession, y ouvre même une petite officine.

Il faut toutefois ne pas omettre le sort des hommes envoyés en Allemagne pour grossir les rangs du Service du Travail Obligatoire. Quant au moulin, qui est l'un des derniers du secteur encore en activité, il tourne à plein rendement... mais de nuit. On vient de loin, du bassin minier, à vélo ou à pied, pour un peu de farine. Rapidement, des échanges se réalisent entre les populations : du charbon contre de la nourriture, c'est ainsi que ces gens des mines se virent affublés du surnom de "cachent à burre" !


Suspicions

Mai 1942 :

 

En ces temps bouleversés, dominés par un sentiment de crainte et d'espoir mêlés, chaque événement de la vie courante est soudain susceptible de prendre une dimension tragique que l'on qualifierait autrement d'exagérée. Tout cependant est à reconsidérer dans le contexte de l'époque. Aussi, l'apparition d'un curieux bonhomme dans la journée du 28, à tôt fait d'animer les esprits. L'individu, qui porte des lunettes à montures épaisses, se présente chez une habitante où il dit avoir logé au cours de la Première Guerre mondiale en tant qu'interprète auprès des troupes anglaises. La dame le reconnaît et l'invite à déjeuner. Au cours du repas, il lui signifie qu'il occupe la profession de représentant en verres incassables pour montres !

La bizarrerie de la situation fait s'interroger dans les chaumières : cet homme dit-il bien la vérité ? À t-il réellement était interprète ? Est-il français... anglais ? N'aurait-il pas été parachuté... ?!

   


Combat aérien

Décembre 1943 :

 

Un ciel d'azur vient irradier ce premier jour de décembre. Seules quelques traînées de kérosène bouleversent la monochromie céleste : là-haut, c'est l'affrontement !

L'œil attiré par le saisissant voltige des avions, Marius Gode, agriculteur du village, ne voit pas arriver le train en provenance de Doullens. En route pour le silo de l'Arbret où il amène un chariot de grains, et alors que son attention est retenue par le terrible combat aérien, les deux chevaux de son attelage, œillères vissées sur le crâne, continuent imperturbables à avancer vers le passage à niveau de la voie de Bavincourt. C'est l'inévitable collision, la locomotive déraille, tuant sur le champ la première bête. La seconde est achevée un peu plus tard par un officier allemand venu constater l'accident. Leur viande sera dépecée sur place... tout le monde viendra chercher sa part !

 

Dans le même temps, à l'autre bout du village, Francis Lembryck vient d'arriver "aux Malaunies" où il a à labourer un champ appartenant à Jean Bray de Pommier. À l'horizon, les avions sont en train d'en découdre quand subitement, l'un d'entre eux, bientôt suivi du second, est précipité au sol. Un terrible fracas s’abat sur la plaine. Plus rien n'emplit le ciel, plus rien que le silence. Mais quelque chose s'agite dans l'espace aérien : un parachute, l'un des deux pilotes est parvenu à s'éjecter. Poussé par le vent, le voilà qui se pose à quelques distances de Francis. Sans perdre de temps, l'ouvrier agricole accours, aide l'aviateur à ramasser la grande toile blanche qu'il dissimulera ensuite sous un tas de fumier. " Où est les boches ? " lâche le pilote dans une poignée de main reconnaissante. "Là-bas les boches ! ", répond Lembryck en indiquant la direction de Bienvillers, "vous partir par là... ". Et le "britannique" de suivre le conseil, sans plus tarder, ôte les parties montantes de ses bottes, retourne sa veste et s'engage dans le profond fossé qui mène à Bailleulmont. Il faut faire vite, trouver une planque sûre... déjà, dans la plaine des badauds arrivent, pressant Francis de questions indiscrètes. Prudent, celui-ci affirme n'avoir rien vu.

De son côté, l'aviateur poursuit sa course contre le temps, contre la captivité. Il voit soudain courir vers lui un jeune homme à l'allure décidée : c'est Lucien Flament. De la cour de ferme familiale, il a tout vu du combat aérien et de son dénouement. Le voici maintenant face au héros parachuté. "Où est les boches ? " lui demande t-il à son tour. Sans sourciller, Lucien indique la même direction que celle donnée par Francis Lembryck.

Là-bas, dans la plaine, les soldats allemands ne tardent plus à fouiller les environs. Un gradé s'approche bientôt de l'ouvrier agricole : c'est l'interrogatoire... qui cesse à l'arrivée d'un second officier persuadé quant à lui, qu'ils perdent leur temps avec Francis, qui selon toutes vraisemblances, ne pouvait être présent sur les lieux au moment où le "britannique" s'est réceptionné au sol, puisqu'il n'en est qu'au début de son premier sillon de labour !

Sur le chemin de Bailleulmont, l'aviateur et Lucien rencontrent bientôt Julien Flament (le père de ce dernier) et son acolyte Adolphe Boucly.

 

 

Douglas R. Matheson, l'aviateur canadien dont-il est question ici, s'engage dans la Royal Air Force en 1940. Il reçoit son brevet de pilote en septembre 41, puis est affecté au 411eme Squadron RCAF à Hornchurch (Essex), d'où il décollera à 153 reprises pour autant de missions visant à détruire les installations ennemies entre la Hollande et Saint-Nazaire. C'est au cours de cette 153eme mission que son Spitfire s'écrase dans un champ, à environ 500 mètres derrière les fermes du Calvaire-Louison, en direction de Bavincourt.

 

Il raconte :

" Adolphe Boucly m'amena à la ferme de ses parents. Il prit tous mes vêtements d'aviateur et les fit enterrer par son père qui était justement occuper à bêcher le jardin. Il me donna son meilleur costume ; par chance, nous étions de la même taille. Je bus du café, on tenta de discuter puis on m'emmena dans une grange. Environ une heure après, vers midi, un homme est arrivé en motocyclette : c'était ma première rencontre avec Marcel Bézu. Sans plus tarder, il m'invita à monter derrière lui. Nous partîmes pour son domicile à Beaumetz-lès-Loges. Sur la route, nous avons croisés des camions remplis de soldats allemands qui nous regardaient. Nous sommes arrivés sans encombre."

 

Jusqu'au 08 avril 1944, Douglas Matheson va ainsi bénéficier de l'hospitalité de nombreux résistants ou sympathisants du secteur. Les Bézu et Auguste Lesur à Beaumetz, les Boucly, les Dignoire à Ransart ou Lucienne Dubois à Pommier, vont successivement l'héberger. Un jour qu'Adolphe Boucly l'emmène sur sa moto... "Nous sommes arrêtés par des gendarmes français pour un contrôle d'identité. Le plus gradé était un homme de grande taille, il me connaissait pour m'avoir vu chez Bézu. Adolphe avait toujours une mitraillette Sten et un revolver dans son sac à dos ! C'est dire ô combien j'étais peu rassuré... les gendarmes inspectaient tout le monde. Au moment de passer, le gradé* m'a regardé en décochant un clin d'œil et nous a fait passer comme ça, sans aucun contrôle. J'ai bien cru que mon cœur allé s'arrêter tellement j'étais émotionné. Adolphe lui, restait impassible et riait de ces tours pendables. " 

 

La chance tourna cependant pour Doug Matheson. Quelques mois après s'être crashé, il fut capturé par les allemands et failli être fusillé au motif d'espionnage. C'est dans l'enceinte du Stalag Luft III qu'il termina la guerre, contribuant à creuser le fameux tunnel porté à la postérité par le film "La Grande Évasion".

 

            

   * Le gradé en question, Jean-Louis Martin (vous l'aurez compris lui même partisan) fera obtenir une fausse carte d'identité à Matheson grâce à son beau-père, alors maire de Simencourt.

 


Dilemme

Harold "Bob" Merlin (faux papiers)
Harold "Bob" Merlin (faux papiers)

   Août 1944 :

 

Quelqu'un a prévenu la gendarmerie de Beaumetz-lès-Loges, puis ce sont les allemands de la Feld' qui sont venus. Le corps de l'alboche était planqué là, sous un buisson d'aubépine, avec trois balles dans la peau. L'une avait frappé l'arrière de la tête, les deux autres le dos. C'était le 14 août.

Cet allemand avait tout du louche : c'est en uniforme qu'il s'est un beau jour soi-disant constitué prisonnier en se présentant comme ça à la ferme Malvoisin, à Berles : il a dit que la guerre pour lui c'était finie et qu'il se rendait.

 

La ferme d'Amé Malvoisin s'était à l'époque une vraie cache clandestine, un centre névralgique de la résistance locale, à la tête duquel figuraient Amé et l'aviateur anglais Bob Merlin. L'arrivée de l'allemand avait étrangement suivi celle d'un petit groupe de FTP dont le chef venait d'être tué, et qui avait demandé du ravitaillement à ceux d'ici. On avait conclu d'un commun accord que ces partisans se rangeassent désormais aux ordres de Pierre Caron, le commandant du secteur. Ces gars étaient bien braves, mais la rumeur publique les disait manquer de discrétion... alors quand l'allemand se pointa à la ferme, il prit tout de suite des allures d'espion gestapiste. On voulu le liquider sur le champ, mais Bob Merlin obtint sa grâce au conseil, contre qu'il était d'abattre un soldat qui se rend. Toutefois, pour plus de sûreté, on l'envoya à Bailleulmont travailler pour un autre cultivateur*.

Deux jours après, le cultivateur est venu se plaindre que l'allemand était très certainement un espion qui, qui plus est, tournait un peu trop autour de sa fille... Bob parvint à apaiser la situation en disant que la libération allait très prochainement arranger les choses. Mais le lendemain, le cultivateur est revenu à la charge, certain que son nouvel ouvrier était de la Gestapo et qu'à cause de ça, les arrestations allaient bientôt pleuvoir sur Bailleulmont !

 

" C'est moi qui avait insisté pour laisser la vie à l'allemand. S'il arrivait malheur aux gens de Bailleulmont, c'est moi qui en serais responsable. C'était donc à moi de régler le problème. Je pris un gros revolver à barillet et me rendis à Bailleulmont "  déclarera bien plus tard Bob Merlin. " Tout au long du chemin, je réfléchissais ferme. J'étais persuadé que l'allemand était inoffensif et sincère dans sa volonté de déserter. Mais si je me trompais, si cet homme était un membre de la Gestapo ou l'un de ses agents provocateurs... si ceux qui m'aidaient et que j'aimais étaient tués par ma faute... ! J'arrivais dans le pré où l'allemand gardait les moutons. Dès qu'il me vit, il s'avança vers moi souriant, confiant jusqu'au moment où il vit mon revolver. Alors il prit la fuite. Ce fut très dur mais je tirai. La balle le frappa à la tête mais il continua à courir. Il me fallu tirer deux fois encore et il tomba, mort. Je tirai le cadavre dans un buisson. "

 

La libération dès lors imminente, empêcha sans doute les représailles...

 

   * À la ferme Boucly.

           


Sur la route de la victoire...

  Août-Septembre 1944 :

 

Le temps de la libération approche, qui jette sur les routes les déjà vaincus. La débâcle, cette fois-ci, est allemande.

 

Dans leur mouvement de replis, les soldats de la wehrmacht avaient établi un dépôt de munitions dans une des granges du village (au 14 de la rue du Moulin). Au moment de leur départ, ils y mirent le feu pour ne point laisser pareil arsenal aux mains des partisans. Toute la nuit, les balles explosèrent, donnant l'illusion d'une véritable fusillade qui incita plusieurs habitants à se maintenir dans l'abri des caves.

 

 

Dans la nuit du 31 (vers 22 heures), un convoi allemand composé d'une dizaine de chariots hippomobiles s'engage sur la départementale n°1, entre La Cauchie et Bailleulmont. Ils sont soudainement pris sous le feu de l'aviation alliée. Deux soldats n'étant pas parvenus à se réfugier dans les trous individuels qui jalonnent la route, sont mortellement atteints. Tous les chevaux sont tués ou grièvement blessés.

Marcel Houriez et le maréchal ferrant Marcel Shab, tous deux de La Cauchie, viennent au petit matin achever les bêtes. Les corps allemands sont ramenés et brièvement inhumés dans le cimetière communal. Quant aux chariots, dont certains portent l'emblème de la Croix rouge, ils sont littéralement mis à sac. Armes, médicaments, objets divers... iront profiter à d'autres.   

 

 

D'heure en heure, les alliés progressent sous le plébiscite enjoué des populations libérées. Dans la fin de matinée, des colonnes de blindés anglais ("Guards Division" - 30eme  Corps d'Armée, sous le commandement du général Allan Adairt) traversent le village de Berles-au-Bois, puis celui de Bailleulmont. Les avions de la veille furent annonciateurs des troupes terrestres. Le temps de l'ennemi sur le sol français est désormais compté. Ayant essuyé dans la nuit la perte de deux de leurs camarades et de tout moyen de locomotion, c'est très probablement le groupe de survivants allemands du convoi hippomobile que l'on signale caché dans le petit bois qui fait face au cimetière. Quelques résistants, entraînés par le déroulement des choses, décident de les y déloger, mais leur tentative pour les capturer s'entache de deux soldats morts côté allemand et de un mort et un blessé côté partisans. Ce dernier, un certain Lefebvre d'Izel-les-Hameaux, a reçu une balle qui lui a traversé le bras et l'omoplate. Il reçoit les premiers soins à Berles, chez Amé Malvoisin, avant d'être embarqué par une ambulance de l'armée britannique. Le second, tué sur le champ, se nomme Maurice Henry, chaudronnier à Nœux-les-Mines, il meurt âgé de 22 ans. Tous deux font partie d'un groupe FTP d'une douzaine d'hommes qui, en cette fin de guerre, avaient fait de Bailleulmont leur cantonnement secret. Logeant dans une grange du 12 rue d'en Bas, ils passaient chez l'habitant réclamer de quoi se sustenter. Plus tard, deux messes furent successivement célébrées en mémoire du jeune résistant dans l'église du village, qui vit en l'occasion une foule impressionnante et reconnaissante. On fit la première fois une quête pour soulager sa veuve, qui parut au second office richement parée d'une toute nouvelle toilette ! 

 

 

La libération précipite les bailleulmontois dans la rue, les anglais arrivent ! Ils sont annoncés non loin d'ici... déjà un bruit de moteur se fait entendre, la foule s'apprête à faire exploser sa joie quand une auto-mitrailleuse allemande fait son apparition, glaçant l'assistance. Les regards se croisent, le véhicule disparaît. Des secondes qui ont duré, duré...

Mais c'est dans la liesse et sur la place du village que tout se termine. On a sortit le vieux piano mécanique du café Patte pour l'installer au pied du monument. On y glisse un sou, deux sous, et en avant la musique !

    


Adolphe Boucly, alias "Jacky"

  " Il a montré  des qualités de patriotisme et de courage à toutes épreuves. "

Général Kœnig

 

 

En 1937 sort sur les écrans le film de Léon Poirier "Sœurs d'armes", qui évoque la vie héroïque de Louise de Bettignies et de Léonie Vanhoutte, qui au cours de la Première Guerre mondiale organisèrent dans le nord de la France et en Belgique, un service de renseignements au profit de l'Intelligence Service. Adolphe Boucly a 16 ans quand il visionne ce film de 125 minutes. Deux heures qui vont bouleverser sa vie. Fortement impressionné par le courage est l'abnégation de ces femmes, il va tout faire en 1940 pour gagner l'Angleterre et se battre aux côtés des forces libres.

Quittant Bailleulmont en bicyclette, il traverse le pays pour gagner Marseille, rate le bateau en partance pour la Grande-Bretagne, se voit refuser l'accès à un autre bâtiment à Bordeaux, tente vainement de passer les Pyrénées pour gagner l'Espagne, s'entraîne quotidiennement sur la Garonne pour traverser la Manche à la nage... tant et si bien qu'il fini par s'échouer... sur un lit d'hôpital !

 

Après un bref temps de convalescence, c'est le retour complet à la case départ : Bailleulmont, en zone occupée. Inutile d'aller plus loin... l'entrée ferme et définitive en résistance se fait ici. Distribution de tracts, récupération et assistance aux pilotes en perdition. Pendant tout une année il va ainsi dissimuler un pilote russe à l'insu même de ses parents.

En 1942, il se voit charger d'organiser le groupe de résistance "Action" à la solde du B.O.A. (Bureau des Opérations Aériennes) où il est désormais identifier sous le nom de "Jacky". Il participe alors à la réception d'armes parachutées et s'occupe de faire transiter des personnes évadées.

Le 25 juillet 1944, il est l'auteur d'un formidable coup de main, il récupère en pleine journée et en pleine ville d'Arras, une bombe anglaise non explosée, au nez et à la barbe des allemands, transportant le terrible engin dans sa voiture à cheval. Dans les heures qui suivent, un tronçon de la voie ferrée Arras-Doullens explose à hauteur du Calavaire-Louison...

 

Adolphe Boucly est mort le 15 mars 2003 à Aigurandes (36). Il fut plusieurs fois décoré pour ses actes de résistance, notamment des mains du général américain Dwight Eisenhower de "The presidential medal of freedom".     

 


Cours... et arrière-cours

 

Les lendemains de guerre voient revenir au logis familial, un bien sinistre personnage : ancien greffier en chef de la cour d'appel de Cayenne, Félix Bétaz vient de passer un an à Nîmes, où ses qualités de juriste lui ont valu un poste* au sein du cabinet du Secrétaire Général au Maintien de l'Ordre, le SS-Sturmbannführer Joseph Darnand.

 

Le 20 janvier 1944, l'État français de Vichy déclare la guerre aux résistants en promulguant une loi donnant lieu à l'établissement de cours martiales visant à réprimer tout acte terroriste. Dès la fin du mois, Darnand s'entoure d'un cabinet en charge d'organiser les différentes juridictions et d'étudier au cas par cas, les dossiers transmis par les autorités locales. Bétaz est affecté à Nîmes et s'y fait rapidement connaître pour son impartialité. 

Il somme trente gendarmes et leur chef, de fusiller trois maquisards qu'il vient de condamner à mort, les militaires s'y opposent, le contraignant ainsi à transférer les prisonniers à Marseille, où les GMR (Groupe Mobile de Réserve : unité paramilitaire créée par le gouvernement de Vichy) les exécutent aussitôt. Trois jours plus tard, vient le temps de la "sanction disciplinaire". Les francs-gardes de Bétaz cernent les locaux de la gendarmerie nîmoise et capturent vingt-trois des rétifs ; huit en réchappent et gagnent le maquis ; pour les autres, c'est l'incarcération à Marseille, prison Saint-Pierre (l'antichambre des camps). Bétaz réclament contre eux une sanction exemplaire, elle-même appuyée par le général de gendarmerie commandant la région des Bouches-du-Rhône. L'affaire traîne heureusement en longueur et le débarquement des alliés en Provence les sauve d'une mort certaine.

 

Revenu à Bailleulmont où sa femme possède une maison héritée de ses parents, on conseille à Bétaz, dont les actions vichystes sont connues, de ne pas rester ici. La suite de son histoire demeure trouble : dénonciation, représailles, emprisonnement... ? Son acte de naissance nous apprend simplement le jour de sa mort, le 11 juin 1947, à Nismes.

 

   * Sans doute le doit-il aussi à son beau-frère Émile Coutret, lui même chef du cabinet. 

 

 

 

Bibliographie :

 

- COILLOT A. : 4 longues années d'occupation, le récit des événements vécus dans la région d'Arras. Tomes 1, 2 et 3 - 1985.

 

- DEBOFFE G. : Résister en Artois, le secteur Sauge 1943-1945. Éditions Alan Sutton - 2008.

 

- DELMOTTE E. et al. : La Gazette de la Tour - Commune de Bailleulmont - 1er semestre 2004.

 

- SANSICO V. : France, 1944 : Maintien de l'ordre et exception judiciaire. Les cours martiales du régime de Vichy. Presses de

                       Sciences Po I  - 2007.