Seconde Guerre Mondiale


Sous l'occupation

Mai 1940 :

 

La débâcle précipite les armées française et anglaise vers les côtes de la mer du Nord.

Le 18, deux blindés allemands traversent le village en direction du Bac du Sud. Ils sont chargés d'ouvrir la voie à toute une section dont ils devancent la progression. Un barrage de barbelés placé en travers de la route par les anglais, stoppe leurs véhicules. L'un des occupants en sort pour dégager la voie : combinaison noire, visage fermé, traits tirés par la fatigue, de ses bottes dépassent des grenades à manche ! La sensation est terrible.

 

Durant l'occupation, le village n'a subit la présence physique de l'occupant qu'en de rares occasions. Des tranchées-abris ont été aménagées à proximité de l'école municipale (sur le terrain de l'actuelle école) comme le veut la protection contre bombardements. La vie à la campagne offre globalement de quoi se prémunir des rationnements. Certains évacués viennent d'ailleurs y trouver refuge. Monsieur Dedourge de Saint-Omer, pharmacien de profession, y ouvre même une petite officine.

Il faut toutefois ne pas omettre le sort des hommes envoyés en Allemagne pour grossir les rangs du Service du Travail Obligatoire. Quant au moulin, qui est l'un des derniers du secteur encore en activité, il tourne à plein rendement... mais de nuit. On vient de loin, du bassin minier, à vélo ou à pied, pour un peu de farine. Rapidement, des échanges se réalisent entre les populations : du charbon contre de la nourriture, c'est ainsi que ces gens des mines se virent affublés du surnom de "cachent à burre" !


Adolphe Boucly, alias "Jacky"

  " Il a montré  des qualités de patriotisme et de courage à toutes épreuves. "

Général Kœnig

 

 

En 1937 sort sur les écrans le film de Léon Poirier "Sœurs d'armes", qui évoque la vie héroïque de Louise de Bettignies et de Léonie Vanhoutte, qui au cours de la Première Guerre mondiale organisèrent dans le nord de la France et en Belgique, un service de renseignements au profit de l'Intelligence Service. Adolphe Boucly a 16 ans quand il visionne ce film de 125 minutes. Deux heures qui vont bouleverser sa vie. Fortement impressionné par le courage est l'abnégation de ces femmes, il va tout faire en 1940 pour gagner l'Angleterre et se battre aux côtés des forces libres.

Quittant Bailleulmont en bicyclette, il traverse le pays pour gagner Marseille, rate le bateau en partance pour la Grande-Bretagne, se voit refuser l'accès à un autre bâtiment à Bordeaux, tente vainement de passer les Pyrénées pour gagner l'Espagne, s'entraîne quotidiennement sur la Garonne pour traverser la Manche à la nage... tant et si bien qu'il fini par s'échouer... sur un lit d'hôpital !

 

Après un bref temps de convalescence, c'est le retour complet à la case départ : Bailleulmont, en zone occupée. Inutile d'aller plus loin... l'entrée ferme et définitive en résistance se fait ici. Distribution de tracts, récupération et assistance aux pilotes en perdition. Pendant tout une année il va ainsi dissimuler un pilote russe à l'insu même de ses parents.

En 1942, il se voit charger d'organiser le groupe de résistance "Action" à la solde du B.O.A. (Bureau des Opérations Aériennes) où il est désormais identifier sous le nom de "Jacky". Il participe alors à la réception d'armes parachutées et s'occupe de faire transiter des personnes évadées.

Le 25 juillet 1944, il est l'auteur d'un formidable coup de main, il récupère en pleine journée et en pleine ville d'Arras, une bombe anglaise non explosée, au nez et à la barbe des allemands, transportant le terrible engin dans sa voiture à cheval. Dans les heures qui suivent, un tronçon de la voie ferrée Arras-Doullens explose à hauteur du Calavaire-Louison...

 

Adolphe Boucly est mort le 15 mars 2003 à Aigurandes (36). Il fut plusieurs fois décoré pour ses actes de résistance, notamment des mains du général américain Dwight Eisenhower de "The presidential medal of freedom".     

 


Cours... et arrière-cours

 

Les lendemains de guerre voient revenir au logis familial, un bien sinistre personnage : ancien greffier en chef de la cour d'appel de Cayenne, Félix Bétaz vient de passer un an à Nîmes, où ses qualités de juriste lui ont valu un poste* au sein du cabinet du Secrétaire Général au Maintien de l'Ordre, le SS-Sturmbannführer Joseph Darnand.

 

Le 20 janvier 1944, l'État français de Vichy déclare la guerre aux résistants en promulguant une loi donnant lieu à l'établissement de cours martiales visant à réprimer tout acte terroriste. Dès la fin du mois, Darnand s'entoure d'un cabinet en charge d'organiser les différentes juridictions et d'étudier au cas par cas, les dossiers transmis par les autorités locales. Bétaz est affecté à Nîmes et s'y fait rapidement connaître pour son impartialité. 

Il somme trente gendarmes et leur chef, de fusiller trois maquisards qu'il vient de condamner à mort, les militaires s'y opposent, le contraignant ainsi à transférer les prisonniers à Marseille, où les GMR (Groupe Mobile de Réserve : unité paramilitaire créée par le gouvernement de Vichy) les exécutent aussitôt. Trois jours plus tard, vient le temps de la "sanction disciplinaire". Les francs-gardes de Bétaz cernent les locaux de la gendarmerie nîmoise et capturent vingt-trois des rétifs ; huit en réchappent et gagnent le maquis ; pour les autres, c'est l'incarcération à Marseille, prison Saint-Pierre (l'antichambre des camps). Bétaz réclament contre eux une sanction exemplaire, elle-même appuyée par le général de gendarmerie commandant la région des Bouches-du-Rhône. L'affaire traîne heureusement en longueur et le débarquement des alliés en Provence les sauve d'une mort certaine.

 

Revenu à Bailleulmont où sa femme possède une maison héritée de ses parents, on conseille à Bétaz, dont les actions vichystes sont connues, de ne pas rester ici. La suite de son histoire demeure trouble : dénonciation, représailles, emprisonnement... ? Son acte de naissance nous apprend simplement le jour de sa mort, le 11 juin 1947, à Nismes.

 

   * Sans doute le doit-il aussi à son beau-frère Émile Coutret, lui même chef du cabinet. 

 

 

 

Bibliographie :

 

- COILLOT A. : 4 longues années d'occupation, le récit des événements vécus dans la région d'Arras. Tomes 1, 2 et 3 - 1985.

 

- DEBOFFE G. : Résister en Artois, le secteur Sauge 1943-1945. Éditions Alan Sutton - 2008.

 

- DELMOTTE E. et al. : La Gazette de la Tour - Commune de Bailleulmont - 1er semestre 2004.

 

- SANSICO V. : France, 1944 : Maintien de l'ordre et exception judiciaire. Les cours martiales du régime de Vichy. Presses de

                       Sciences Po I  - 2007.