Moyen-Âge


De l'an mille...

Avec la forte progression démographique qu'il connaît, le millénaire naissant voit s'instituer l'usage du nom de famille. Il est devenu en effet nécessaire de distinguer les individus de plus en plus nombreux à répondre aux mêmes prénoms. Le mouvement semble parti des nobles qui créèrent leurs patronymes à partir surtout, du nom de leurs fiefs principaux. Ainsi trouve t-on à Bailleulmont des seigneurs qui font de ce nom de lieu, leur nom de famille. 

 

Jean-Baptiste Carpentier mentionne celui de Romuald de BULLIENTIMONT parmi les 300 seigneurs de l'Artois, du Cambrésis, de l'Ostrevent et du Hainaut, qu'il réunit en 1096 au tournoi de l'abbaye d'Anchin, dans son livre "Histoires généalogiques des Païs-Bas, ou histoire de Cambray". Si ce tournoi et la charte qui en est issue apparaissent en réalité comme l'objet d'une habile fiction rédigée en 1664, lieu et personnages ont bel et bien existé. L'histoire même de l'abbaye d'Anchin (fondée sur le territoire de Pecquencourt (59)) est liée à celle de Bailleulmont, dont l'autel contribua en tant que donateur, à la construction en 1079.

 

De quelle stature s'auréole Bailleulmont à l'aube de ce second millénaire ? Le type d'informations que distillent les écrits gravitant autour de l'abbaye d'Anchin, donnent un aperçu de la qualité de celles-ci : rares et décousues ! Ces indications marquent néanmoins une certaine importance de la seigneurie, dont le territoire englobe pour n'en faire qu'un, celui de Bailleulval. On y fonde une maladrerie destinée à accueillir et maintenir à l'écart du monde, les victimes de la lèpre. Sa localisation précise n'est pas connue mais les écrits indiquent qu'elle comprend "13 journaux et demi de terre à la sole" (soit un peu plus de 4,6 ha). En est fait référence en 1111 (ou 1119) et 1136.


Sous le vocable de Saint-Martin

Bailleulmont, carte de Cassini
St. Martin, église intercommunale (carte de Cassini)

Précise et connue est la localisation de l'église Saint-Martin, qui fut construite entre les deux villages. Connue également, la date de son démantèlement, autorisé par la préfecture en 1811, mais rien d'autre que cette référence à un autel en 1079, ne nous informe sur son édification... ni ne nous assure qu'il s'agisse bien du même bâtiment religieux !

 

Les offices qu'on y célèbre rassemblent les habitants de Bailleulmont et de Bailleulval, mais aussi ceux des villages voisins de La Cauchie et La Herlière, alors dépourvus de lieu de culte (jusqu'en 1767, date à laquelle La Herlière construit une église sur son territoire). Remarquez au passage, l'aspect connexe de la toponymie : depuis La Herlière, la route la plus directe pour se rendre à l'église saint-Martin, consiste à emprunter la rue du même nom, qui aujourd'hui goudronnée jusqu'à l'embranchement de la D8, n'en continue pas moins au-delà et à travers champs, sous le nom de "chemin de saint-Martin", au lieu-dit "Fond de saint-Martin".  

Martin, Martin... le nom de celui qui fut soldat en garnison à Amiens (où il partagea sa cape avec un pauvre grelottant de froid vers 337) est toujours associé à de nombreuses églises des environs : Orville, Pommier, Bailleulval, Gommecourt, Hannescamps, Boiry-Saint-Martin (!), Wanquetin, Habarcq, Agnez-lès-Duisans... L'explication de cette influence se trouve dans la version donnée de sa vita qui le fait évangélisateur de l'Artois et d'Arras au cours du IVe siècle, à la faveur de la voie romaine reliant Amiens à l'ancienne citée atrébate. On trouve toujours le long de cette axe pas moins de quatre églises placées sous le vocable du saint homme : Bailleulmont nous l'avons vu, mais aussi Dainville, La Cauchie et Pas-en-Artois, où dit-on, il séjourna. Il est vrai que le bourg s'appelait autrefois passus sancti Martini et qu'un prieuré portant le nom de Martin y fut érigé...


Philippe le bâtisseur

On ne sait comment Philippe de Saveuse acquiert, en ce début du XVeme siècle, la seigneurie de Bailleulmont dont le château tombe de vétusté, mais celle-ci revêt un intérêt géostratégique certain à ses yeux. Proche conseiller de Philippe le Bon, capitaine des villes d'Amiens, Doullens et d'Arras, la position du fief artésien se révèle à la fois centrale et à caractère défensif. De Saveuse va ainsi engager d'importants travaux de fortification pour le château et en faire notamment un lieu de garnison idéalement placé sur l'axe de communication que constitue l'ancienne voie romaine. Mais il ne s'arrête pas à l'aspect militaire, et en pieu personnage, fait ériger aux abords immédiats de la forteresse, une chapelle connue sous le vocable de Saint-Nicolas. Assez petite, aux murs de pierres et toit d'ardoise, elle était surmontée d'un campenard (clocher constitué d'un simple mur) et d'une croix, sa charpente néanmoins, était l'une des plus belles du pays.  

 

Le dynamisme et la popularité qu'on lui prête, ne sont sans doute pas étrangers au fait qu'aujourd'hui encore, les armoiries des de Saveuse constituent le blason de la commune. 

Son temps à Bailleulmont reste toutefois entaché de la mort tragique de Collart de Bois-Huon, écuyer, seigneur de Vis-en-Artois et époux de sa fille bâtarde, pour lequel il avait obtenu une mise sous tutelle, l'enfermant dans l'une des tours du château pour le corriger de ses mœurs légères. Le 11 octobre 1438, on retrouva le malheureux pendu dans sa cellule, avec un sac dans lequel on lui avait apporté des fruits. Le fait divers, étroitement lié à l'histoire du château, s'est rapidement mu en légende locale.             


Blason

 Le blason adopté par la commune, de gueule (rouge) à la bande d'or, accompagné de six billettes du même posées à plomb, trois en chef ordonnées 2 et 1 et trois en pointe rangées en bande, est une reprise (à une légère différence près dans la disposition des billettes) des armoiries de la famille de Saveuse.

  Bibliographie :

 

-  CAVROIS Louis : Histoire des communes du canton de Pas-en-Artois - 1875.

 

- Du CLERCQ  J. : Mémoires (in) Choix de chroniques sur l'histoire de France. Volume 2. ALEXANDRE, BUCHON.

 

-  GERZAGUET J.P. : L'abbaye d'Anchin, de sa fondation (1079) au XIVe siècle : Essor, vie et rayonnement d'une grande 

                               communauté bénédictine - Presses Universitaires du Septentrion - 1997.