Le Moulin


Un moulin, des meuniers

Le moulin auprès duquel se rendent les habitants pour moudre la farine, constitue au même titre que le four (Cf. sur ce point la rue du même nom) destiné à la cuisson du pain, une "banalité" : autrement dit un bien collectif mis par le seigneur des lieux à la disposition de ses vassaux. Jamais sans doute, nous ne serons quand fut bâtit le premier de ces bâtiments éoliens. En 1569 toutefois, les rôles nous apprennent qu'il appartient à Philippe de Châbles (alors veuve de Pierre de Melun). "... il est à usage de moudre le blé et il est baillé à titre de censé à Jean Damiens, moyennant redevance annuelle en blé".

Bien plus tard, d'autres noms de meuniers locataires apparaitront dans les écrits : Jacques Choquet (172?) ;  Jean Thomas (1741) ; Henri Lièvre (1780) ; Charles Degez (1798), à qui succéderont nombre de ses descendants, au point que l’appellation "Moulin Degez" entre partout en usage. En curieux, vous trouverez sur la tombe de Jean-Baptiste Degez, décédé en 1888, la gravure d'un moulin (photo) dont les ailes en croix se superposent à celle du tombeau. 

 

C'est au temps de Charles et après la révolution, que fut vendu le moulin comme bien national le 19eme jour de prairial de l'an 6 de la République (07 juin 1798). 

 


Le dernier moulin

Sous l'occupation, les grandes ailes tournaient encore à la faveur des nuits sans lune. Les soirs de grand vent, le moulin était le rendez-vous des ventres-creux. Il en venait de partout, d'Arras et même des mines, pour quelques kilos de blé à moudre ou de farine à acheter clandestinement. Bien des bruits ont couru à propos de beuveries et de parties de fesses qui s'y pratiquaient, parfois en guise de monnaie d'échange... mais de bénéfice en argent, assurément il n'y eu point, d'autant que les commis de la répression des fraudes veillaient et réquisitionnaient bon train... si bien que Georges Deruy le meunier, a fini par se retrouver perclus d'amendes et trop lourdement concurrencé par le machinisme. Contraint-forcé de fermer les portes de son moulin, il est allé ailleurs trouver de quoi vivre... et rembourser le fisc.

 

C'est finalement Georges Gorriez, en propriétaire riverain, qui a racheté la vieille tour dans l'espoir incertain d'en faire quelque-chose... et puis bien vite, il a fallu démembrer les ailes et finalement démembrer tout : pierres et pièces de bois sont partis à la revente. Le dernier moulin de l'Artois a ainsi progressivement disparu à partir de 1955. Ne subsiste de lui qu'une vieille meule usée, placée comme un souvenir diffus, dans la cour de l'école.     

 

Bibliographie :

 

- CALMIEZ J.P. : article in "La Voix du Nord" - 06 septembre 1952

 

- CALMIEZ J.P. : article in "Semaine du Nord magazine" n°40 du 31 décembre au 06 janvier 1955