Époque contemporaine


La Ferme de la Hayette

Bailleulmont, carte de Cassini
La Hayette (Cassini, fin XVIIIe)

Du souvenir de cette "ferme considérable" ne subsistent que de minces éléments contribuant plus à l'interrogation qu'au savoir.

Encore une fois, la toponymie joue un rôle révélateur et nous éclaire quant à son ancienne localisation. Le chemin agricole qui dessert le cimetière communal se nomme en effet "la voie d'Hayette", il se prolonge jusqu'aux limites territoriales de La Cauchie où il rencontre une autre voie provenant de ce village et menant au profond fossé naturel nommé "fond de Pommier". L'intérieur de ce périmètre constitue le lieu-dit "aux Hayettes", auquel fait face un "bois des Hayettes" aujourd'hui lui aussi disparu.

 

Aucune date n'apparaît quant à l'édification de la ferme, mais son démantèlement est associé à la période révolutionnaire. Elle appartenait en ces temps au Comte Adrien Louis de Bonnières, que les événements contraignent à émigrer en Angleterre où il échappe à la Terreur. À la Hayette, son fermier Jean-François Bécourt ne connaîtra malheureusement pas le même sort. Officier municipal de Bailleulmont, il fut signalé par le comité de surveillance de la commune "rétif à remplir ses devoirs et n'ayant donné aucune preuve de civisme". Le 03 ventôse 1793 (21 février), un membre du District exposa "que Bécourt était un homme notoirement aristocrate et suspect ; que sa conduite, depuis la Révolution, prouvait qu'il était tout à fait incivique ; qu'il fallait se hâter d'en purger le Conseil Général et la commune elle-même". En conséquence, Bécourt fut arrêté. Quelques jours après, on destitua le maire et le Conseil Général, que l'on composa "d'hommes moins riches et vraiment patriotes". Bécourt fut accusé "d'avoir tenu, lors de la défection de Dumouriez, des propos propres à dissoudre la Convention nationale". Plusieurs témoins, entendus le 09 et le 11 germinal, l'avaient ouï-dire que les "membres de la Convention étaient une bande de scélérats ; qu'il voudrait être à leur barre pour leur déclarer". Renvoyé au tribunal criminel le 13 germinal (02 avril), le 14 il fut écroué à la prison des Baudets à Arras pour être exécuté le lendemain, à l'âge de 43 ans. 

Également "suspectés", sa femme Marie Savary et Charles-Philippe Dégez, agriculteur de Bailleulmont (et accessoirement mari d'Aldegonde Élisabeth Bécourt) seront eux aussi incarcérés à Arras, avant d'être libérés.


Le Petit Hameau

*

N° 11051. - Loi qui distrait au territoire de la commune de Bailleulmont et le réunit à la commune de La Cauchie (Pas-de-Calais) du 25 mars 1863.

 

Napoléon*, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français, à tous et à venir, salut. Avons sanctionné et sanctionnons et promulguons ce qui suit :

 

Art. 1er. Le territoire teinté en vert sur le plan annexé à la présente loi est distrait de la commune de Bailleulmont, canton de Beaumetz-lès-Loges, arrondissement d'Arras, département du Pas-de-Calais, et réuni à la commune de La Cauchie, même canton.

...

 

 

C'est ainsi que l'affaire se solda. L'histoire est ancienne et fort simple au demeurant : Bailleulmont possédait à l'entrée de La Cauchie, un hameau composé de trois maisons. Les habitants qu'elles comprenaient, vivaient la situation incongrue d'être au contact d'une commune avec laquelle ils partageaient leur quotidien, et éloignaient de plus de 2,5 kilomètres d'une autre dont ils dépendaient administrativement et fiscalement. Payer ses impôts à Bailleulmont sans bénéficier des aménagements communaux qu'ils financent... payer pour ses enfants la rétribution scolaire à l'école de La Cauchie quand celle-ci est gratuite pour les administrés de la commune...

Le bon sens motiva, auprès du Conseil Général, une demande d'incorporation des trois bâtisses au territoire de La Cauchie. Mais le bon sens n'est pas toujours seul à s'exprimer. On voulu bien recueillir de Bailleulmont les trois maisonnettes et leurs 15 habitants, mais aussi et en plus, 46 hectares de terres compensatoires. Il est vrai que La Cauchie ne dispose pas d'un très grand territoire en proportion du nombre de sa population et par rapport à celui de Bailleulmont. Au moment des faits, les 46 hectares en question son d'ailleurs intégralement cultivés par ceux de La Cauchie, tout comme 40 autres hectares dont les coûts de location et d'imposition profitent à ceux de Bailleulmont. Certes, mais cet argent Bailleulmont en a besoin pour combler les dépenses qu'il a engagé, notamment dans la construction d'un presbytère, d'autant que le nombre des indigents y est bien plus élevé qu'à La Cauchie qui en compte très peu et au rang desquels ne figurent pas les familles du petit hameau : statut qui ne les soustrait d'ailleurs pas à la rétribution scolaire ! Faire don de 46 hectares à La Cauchie, non... Voir les trois maisons intégrer son territoire, oui mais... encore faut-il que ses habitants en fassent la demande formelle ; car l'on pense que ces “exilés” ne sont pas complétements libres dans leur volonté de quitter Bailleulmont, qu'au fond de leur cœur, ils préfèrent surement pour ses taux d'imposition et de charges inférieurs à ceux de La Cauchie !

 

Ainsi donc, en 1854, le Conseil Général accusait réception d'une première demande de circonscription territoriale, à laquelle le Conseil d'arrondissement d'Arras se montra favorable à l'incorporation du hameau et des 46 hectares à la commune de La Cauchie. Mais rien ne fut acté et une nouvelle demande fut envoyée en 1862. Le 03 mars 1863, une loi fut enfin promulguée, qui donna satisfaction aux deux communes : les trois maisons et les 13 hectares 33 ares 70 centiares de terres sur lesquels elles se trouvaient, furent annexés à La Cauchie.


 

    * Il s'agit bien sur de Napoléon III


 


Une nouvelle église

Bailleulmont, église saint-Martin
Église saint-Martin (XIXe)

Desservi par une chapelle Saint-Nicolas devenue "insuffisante, mais encore située à l'extrémité du village (en face du jeu de paume)" et montrant les signes d'un "grand état de vétusté" (avis de l'architecte diocésain - 1869), il faut à Bailleulmont une nouvelle église.

 

Il n'est pas inutile de rappeler que cette chapelle fut érigée au début du XVe siècle par Philippe de Saveuse. Elle échappa une première fois à la destruction en étant vendue comme bien national durant la Révolution. En 1790, le maire signale d'ailleurs l'édifice religieux et le presbytère qui s'y adosse, comme étant "en bonne état", ajoutant toutefois, "Quant à leur établissement, il paroit si ancien qu'il n'est pas facile de trouver l'époque". Assurément, le poids des siècles se fait sentir, et dans une lettre du maire Degez, adressée le 11 avril 1806 à la préfecture on peut lire, "... le chœur de l'église de cette commune est très ancien et fort défectueux, tous les habitants désiroient qu'on le fasse rétablir et contribueront chacun à son rétablissement".

Une solution s'offre alors, qui s'érige vaille que vaille entre Bailleulmont et Bailleulval. C'est l'antique église Saint-Martin que les sans-gênes pillent régulièrement de ses briques et pierres, et dont la situation isolée, au bord du chemin, attire les malfaiteurs. En 1811, le préfet autorise son démantèlement et la récupération de ses matériaux au profit de la chapelle, dont la réfection du chœur s'achève en 1813, avant de recevoir un nouveau pavage en 1827.

Visage scuplté (XVe)
Visage scuplté (XVe)

Puis l'on se résout donc, à la fin des années 1860, à construire une nouvelle église. L'architecte béthunois Augustin Dégez, qui a tracé les plans du récent presbytère en 1840, est de nouveau sollicité. Après trois propositions faites entre 1868 et 1869 le choix s'arrête sur un édifice de brique et toit d'ardoise de type ogival composé d'une nef de 20 mètres de long sur 9,40 de large, fermée par un chœur pentagonal de 5,50 mètres de large sur 5,73 mètres de profondeur, d'une sacristie et d'une tour carrée avec porche entièrement en saillie. La nef de 180 mètres carrés est prévue pour accueillir 400 personnes. La commune propose de fonder l'ouvrage sur un terrain qui se trouve être "... dans de très bonnes conditions, suffisamment vaste et situé à proximité du presbytère nouvellement construit (op. cit.)". Les travaux commencent en 1870 et s'achèvent en 1873. En février, on procède à la bénédiction de la cloche baptisée "Marie Augustine Euphémie" (317kg), dont le parrain est Marie Norbert Henri Auguste Harduin de Grosville, propriétaire à Bailleulmont, et la marraine madame Euphémie Caumont, veuve Wattebled, propriétaire à Arras. On continue de placer cette nouvelle église sous le vocable de Saint-Martin... et son portail, sous la bonne garde de Philippe de Saveuse et de Marie de Lully (photo), dont les visages gravés furent prélevés, avant démolition, sur la chapelle Saint-Nicolas.   

 

 


Un nouveau cimetière

Vestige de l'ancien cimetière
Vestige de l'ancien cimetière

En 1877, un agriculteur du village nommé Jean-Baptiste Leroy, fait don du terrain qui accueille l'actuel cimetière. Il est vraisemblable que l'inhumation des corps s'effectuait jusqu'alors sur le terrain intercommunal de l'ancienne église Saint-Martin, et ce longtemps encore après son démantèlement. Ainsi, savons nous qu'au début du siècle dernier, 112 dépouilles mortelles y furent exhumées pour rejoindre le cimetière nouvellement établi à Bailleulval, qui fut véritablement inauguré le 05 avril 1905, par la mise en terre de Zélie Davrinche. (photo : une plaque tombale sur le terrain de l'ancien cimetière).

 

Bibliographie :

 

- Bulletin des lois de l'Empire Français - XIe série : Règne de Napoléon III - empereur des Français. premier semestre de

                                                                              1863, contenant les lois et décrets d'intérêts publics et général publiés

                                                                              depuis le 1er janvier jusqu'au 30 juin 1863. Partie principale. Tome XXI.

 

- Conseil Général session de 1862 : Rapport du préfet et procès verbaux des délibérations. Circonscriptions territoriales.

                                                        Bailleulmont et La Cauchie 

 

- PARIS A. J. : La Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord. Histoire de Joseph Le Bon et des tribunaux révolutionnaires

                     d'Arras et de Cambrai - 1864.